Au cœur des Pyrénées, la monumentale gare de Canfranc, inaugurée en 1928 mais exploitée pendant cinquante ans seulement, connaît une seconde vie. Un livre vient de lui être consacré. Présentation.
L’une est professeur d’histoire-géographie, l’autre est géographe et président de l’association Mémoire d’Aspe. Régine Péhau-Gerbet et Jean-Luc Palacio ont écrit à quatre mains un ouvrage inédit, illustré de photos en couleur, consacré à la gare internationale de Canfranc, qui fut inaugurée en 1928 après des années de travaux au cœur des Pyrénées, en Aragon, à la frontière franco-espagnole. Qualifiée par les auteurs de « joyau architectural », Canfranc a vu son destin particulièrement entravé. « Elle incarne une épopée ferroviaire hors norme. Entre 1908 et 1928 dans ce coin perdu de l’Aragon, un chantier titanesque a transformé Los Arañones, un minuscule hameau isolé, situé à 1 200 mètres d’altitude, en une cité ferroviaire moderne », explique le duo. « Avec ce livre, nous avons voulu retracer les grandes étapes de cette aventure technologique et humaine, du cheminement du projet à la construction de la gare, de son exploitation mouvementée à la perte de son statut international jusqu’à sa renaissance récente. »
Le Titanic des Pyrénées
A elles seules, les dimensions de l’édifice monumental stupéfient le visiteur. L’impression se prolonge une fois rentré à l’intérieur. La hauteur sous plafond – plusieurs dizaines de mètres – de l’ex-bâtiment voyageurs évoque une cathédrale laïque. « Cette gare impressionne encore de nos jours », confirment Régine Péhau-Gerbet et Jean-Luc Palacio. « L’Espagne souhaitait être reliée au reste de l’Europe et ce site était le seul dimensionné pour y bâtir une gare internationale aussi monumentale. »
Las, Canfranc n’a jamais atteint tout son potentiel en tant que gare frontière entre les deux pays. « On recense moins de cinquante ans d’exploitation, pour de multiples raisons : la crise de 1929, la guerre civile en Espagne, la Seconde Guerre mondiale, le déraillement meurtrier d’un train de fret, dans les années 1970, côté français sur la ligne Bedous – Canfranc, ce qui a entraîné la fermeture de la ligne côté français. Tombée dans l’oubli, la gare a été surnommée le “Titanic des Pyrénées”, véritable naufrage ferroviaire. »
La façade de la gare internationale de Canfranc. © Anne Jeantet-Leclerc/Photorail/LVDR
A l’extérieur, une partie des voies ont été déferrées et ont cédé la place à un vaste parc public qui intègre des vestiges ferroviaires préservés et réutilisés : les anciennes portes de la gare marquent désormais l’entrée du parc. En 2021, les halles marchandises ont été transformées en une nouvelle gare voyageurs.
Transformé en hôtel de luxe
Reconvertie en hôtel de luxe, le Canfranc Estación, du groupe espagnol Barcelo, un 5 étoiles (selon le classement espagnol), qui vise une clientèle aisée, désireuse de faire un séjour en pleine montagne à deux pas de la France, propose cent quatre chambres, trois restaurants, une bibliothèque, une piscine chauffée, un spa et une salle de sport, le tout dans un style inspiré des années 1920 (à partir de 198 € la chambre double, 218 € la chambre quadruple). Après les Espagnols, les Français sont la deuxième clientèle la plus nombreuse. Les trains de la Renfe desservent le site.
« Entre déclin et métamorphose, la gare de Canfranc est devenue un marqueur de l’identité aragonaise et un véritable mythe », souligne Jean-Luc Palacio. « Aujourd’hui, le site est sorti de l’abandon et sa vocation ferroviaire réaffirmée, témoignant de la capacité de ce patrimoine industriel à se tourner vers l’avenir. »








