C’est à son retour de la guerre d’Algérie en 1961 que Denis-Pierre Marcelli est embauché par la SNCF comme poseur de voies à Lyon La Guillotière (Rhône). Là, il retrouve la paix… En 1962, il est muté à Périgueux où il terminera sa carrière le 21 juin 1987 en qualité de sous-chef d’équipe de la Voie.
Aujourd’hui âgé de 92 ans, l’ancien cheminot profite d’une vie paisible à Champcevinel en Dordogne. Cela n’a pas été toujours le cas et ce, depuis sa plus tendre enfance…
Pendant l’Occupation, il livre à la Résistance des messages cachés dans ses sabots
En 1940, pendant l’Occupation, Denis-Pierre, 10 ans, vit avec ses parents, un couple de métayers, dans une ferme proche de Mareuil-sur-Belle en Dordogne. Son père Thomas fait partie des FFI et le couple offre souvent le gîte et le couvert à des résistants qui se cachent dans la ferme le temps de leur convalescence avant de reprendre le combat contre l’occupant.
S’il ne va pas à l’école, Denis-Pierre fait preuve d’une belle intelligence et d’une connaissance aigüe sur les êtres et les choses. Volontaire à souhait, il va deux fois par semaine chercher du pain à Cherval, à 7 km de la maison familiale, de l’autre côté de la ligne de démarcation, mais pas que… L’enfant, résistant, livre aussi des messages qu’il cache dans ses sabots, à une agricultrice qui est en liaison avec la Résistance locale. Il marche loin des routes, privilégiant les sentiers en lisière de bois, prêt à s’y cacher si besoin. Cet aller-retour de 14 km est très dangereux. En cas de doute, le jeune messager change de passage, traversant la ligne plus au sud ou plus au nord du chemin initial.
Un jour, il est arrêté par la division Charlemagne, qui le fouille et le questionne. Il répond qu’il vient « chercher du pain, c’est tout ». Heureusement, par miracle, ce jour-là, il ne porte pas de message sur lui. « Ne reviens plus ici. Je ne veux plus te voir! », lui ordonne l’officier. Le jeune garçon obéit, rentre chez lui de nuit, éclairé par une lune généreuse, et heureux et fier des missions accomplies.
En 1952, il est affecté pour son service militaire, au 6ᵉ bataillon de parachutistes coloniaux basé en Bretagne, avant d’incorporer le 3ᵉ régiment de hussards d’Alençon. À son retour en 1954, le paysan prend à son compte une ferme à Mensignac en Dordogne. Mais en 1956, il est recruté d’office pour pacifier l’Algérie avec le 1ᵉʳ Régiment Chasseur Porté, puis avec l’unité opérationnelle du 1ᵉʳ Chasseur d’Afrique avec laquelle il participe à des actions dans le désert.
Fidèle à l’Ancac depuis cinquante ans
L’ancien combattant est porte-drapeau au sein de l’Ancac Dordogne (Association nationale des cheminots anciens combattants) depuis 1976, soit cinquante ans de fidélité. Il a souvent reçu les honneurs, notamment en 2019 en se voyant décerner la médaille de l’Ordre National du Mérite et en 2022 le diplôme d’honneur de porte-drapeau et l’insigne à la palme dorée. « Chaque drapeau est représentatif d’un hommage rendu. J’en ai porté une douzaine, toujours avec honneur et fidélité, dans un esprit patriotique », conclut l’ancien cheminot.







