En Charente, un chemin de fer à voie étroite a été utilisé par la population rurale et citadine pendant quatre décennies jusqu’à la fin des années 1940. Paul Mairat, député et patron de presse, mena un combat acharné contre les grandes compagnies ferroviaires de l’époque.
Résultat, l’exploitation de chemin de fer d’intérêt local a pu s’opérer sur sept lignes différentes, irriguant ainsi la campagne charentaise.
Qui se souvient encore du « petit Mairat », ce train à voie étroite de la Compagnie des Chemins de fer de Charente ? C’est tout à l’honneur du musée installé dans l’ancienne gare de Gourville, en Charente, de ressusciter ce tortillard qui a rythmé la vie de la campagne charentaise pendant pas moins de quatre décennies. Patron de presse, député, maire, Paul Mairat (1865-1924) est resté attaché à ce réseau d’intérêt local qui s’étendait sur 343 kilomètres.
Après quinze années de lutte contre les grandes compagnies ferroviaires, ce fervent partisan du chemin de fer a eu la satisfaction, à partir de 1910, d’assister à la naissance des sept lignes qui irrigueront le pays charentais. L’une d’elles, qui reliait Segonzac à Saint-Angeau (77 km), traversait le village de Gourville par la grand-rue avant de passer devant l’Hôtel de la Gare, voisin de la gare. Cette longue artère porte aujourd’hui le nom du père du tortillard, Paul Mairat. Bon nombre de communes du département ont fait de même, histoire de ne pas effacer son nom de la mémoire des lieux.
Gourville est la seule gare rescapée de cette page d’histoire ferroviaire locale
Gourville, l’unique gare conservée en l’état, mérite un détour. Le petit bâtiment lui-même, fief du chef de gare, est rempli de lampes et d’outils d’époque. À côté, le musée recèle, lui aussi, de véritables trésors issus de l’univers du chemin de fer : un atelier de cloutier, une forge, des mannequins costumés, des cartes, des photos… 250 objets de collection sont à découvrir. Au centre, trône une locomotive à vapeur construite en 1910 et remise en état en 1974. C’est une « cousine » des Corpet-Louvet 030 T qui sillonnaient autrefois villes et campagnes.
Le Tacot a circulé pendant une quarantaine d’années jusqu’en 1949
À l’extérieur, on peut voir un wagon plat stationné sur un tronçon de rails non déferré et, dans la cour, la citerne à eau qui était utilisée par les cheminots pour faire « le plein » d’eau pour leurs machines à vapeur.
Un petit train qui ne roulait jamais à plus de 20 km/h…
Le Tacot était aussi l’autre surnom de ce petit train, « en raison de sa lenteur qui n’excédait pas 20 km/h », comme explique Christelle, chargée du Patrimoine à l’Office de tourisme. « Quant à l’appellation de “tortillard”, souvent employée, elle était due à sa similitude avec le tramway, qui s’immisçait au cœur des villes en effectuant des circonvolutions sur la ligne. » La lenteur du train, l’absence de confort à bord et la concurrence féroce de l’automobile auront raison peu à peu de ce moyen de transport.
Segonzac, Jarnac, Rouillac, Villejésus, Marcillac-Lanville, Malanville-Fouqueure, Luxe, Saint-Angeau, Mansle, Aigre… Le petit Mairat comptait sept lignes qui irriguaient la campagne charentaise. © François-Xavier Point
Avec la disparition de la dernière ligne, l’année 1949 a sonné le glas pour le petit Mairat. Lors d’une balade ou d’une randonnée, le promeneur peut seulement évoquer ce chemin de fer pas comme les autres. Car de nos jours, c’est le chant des oiseaux qui a remplacé à jamais celui du sifflet des locomotives à vapeur…
Contact : Musée de la gare de Gourville, 1134 avenue du Petit Mairat, 16170 Gourville. Tél. : 05 45 21 80 05.
François-Xavier Point







