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Dans la galerie marchande de la gare de Paris Saint-Lazare. Page de gauche : Claude Monet.

Dans la galerie marchande de la gare de Paris Saint-Lazare. Page de gauche : Claude Monet. © Samuel Delziani

Expositions. Redécouvrir Monet 100 ans après sa disparition

11 septembre 2026
- -
Par : Samuel DELZIANI

L’année 2026 est marquée par l’anniversaire des 100 ans de la mort de Claude Monet. Plusieurs événements et expositions rendent hommage au père de l’Impressionnisme. L’occasion de redécouvrir les œuvres « ferroviaires » du maître de Giverny.

Nous célébrons cette année les 100 ans de la mort de Claude Monet, survenue le 5 décembre 1926 dans sa chambre de Giverny.
Son grand ami, Georges Clemenceau, présent à l’heure de son trépas, aurait décroché les rideaux fleuris pour remplacer le classique drap noir recouvrant le cercueil, en tonnant : « Pas de noir pour Monet, le noir, ce n’est pas une couleur. »

Si Claude Monet est né rue Laffitte, dans le 9ᵉ arrondissement de Paris, il déménage, à l’âge de cinq ans, au Havre avec toute sa famille. C’est dans ce port normand qu’il débute dans la peinture en réalisant des portraits de notables locaux.
En accompagnant le peintre Eugène Boudin lors de ses promenades le long du littoral normand, il découvre la peinture en plein air et la richesse des lumières changeantes. En 1859, il retourne à Paris pour y entamer sa carrière, sur les conseils de Boudin. Là, il rencontre de jeunes artistes, dont Bazille, Renoir, Sisley, Pissarro et Cézanne.

C’est à son tableau Impression, soleil levant, peint en 1872, que l’Impressionnisme doit son nom. Depuis la fenêtre de sa chambre de l’hôtel de l’Amirauté, au Havre, le peintre brosse une vue de l’avant-port de la cité normande au petit matin. L’artiste présente son œuvre en 1874, lors de la première exposition de la Société anonyme coopérative des artistes peintres, sculpteurs, graveurs et lithographes, organisée dans les anciens ateliers de Nadar.
Monet doit trouver un titre pour son tableau afin qu’il figure au catalogue. Comme il estime que sa toile ne peut être présentée comme une simple vue du Havre, il la baptise Impression. Missionné par le journal satirique Le Charivari pour couvrir l’événement, le journaliste et peintre Louis Leroy, caustique, intitule son article publié le 25 avril 1874 : « L’Exposition des impressionnistes ».

À partir des années 1870, les Impressionnistes – toujours prompts à représenter la modernité – s’emparent du motif ferroviaire, notamment des changements que le train opère à Paris et dans sa banlieue. Ils peignent ces nouveaux paysages faits de vapeur, de viaducs métalliques et de voies ferrées qui tranchent les perspectives.
Les espoirs soulevés par l’avènement du chemin de fer sont une source d’inspiration, mais également les craintes qu’il suscite. Outil central de la révolution industrielle triomphante, il incarne le progrès et la modernité. Claude Monet s’en empare également. Tout au long de sa vie, il tente de retranscrire l’invisible, notamment en peignant un symbole ultime de la révolution industrielle : le chemin de fer. Mais il ne se contente pas de représenter les ouvrages d’art ou le matériel roulant ; il cherche à capturer l’indicible, comme il l’explique lui-même : « Le motif est quelque chose de secondaire ; ce que je veux reproduire, c’est ce qu’il y a entre le motif et moi. »

Au cours de sa longue carrière, Claude Monet a produit plus de 2000 œuvres, dont un certain nombre ont le chemin de fer pour sujet. C’est notamment le cas de plusieurs toiles signées Claude Monet : Le Pont du chemin de fer à Argenteuil, Train dans la neige ou encore sa série sur la gare Saint-Lazare.
Il peint, en 1877, douze tableaux avec l’accord des Chemins de fer de l’Ouest, qui l’autorisent à travailler à l’intérieur des emprises de la gare. Le peintre vient de quitter la bucolique Argenteuil pour la trépidante Paris, et cette « cathédrale ferroviaire » lui offre alors un sujet inédit. Son ambition ? « Je veux peindre l’air dans lequel se trouve le pont, la maison, le bateau. La beauté de l’air où ils sont, et ce n’est rien d’autre que l’impossible. »
À Saint-Lazare, il scrute la lumière, les nuages de vapeur, les escarbilles…

À l’occasion de la troisième exposition impressionniste de 1877, il présente sept de ces toiles au public. Pour la première fois, le mouvement s’approprie le terme d’« impressionniste ». Une revue d’art est lancée à cette occasion : L’Impressionniste. Elle propose aux lecteurs une visite de l’événement et une analyse des œuvres exposées.
Après l’intérieur de la gare, il pose son chevalet à l’extérieur. La toile Le Pont de l’Europe. Gare Saint-Lazare offre une perspective différente de la gare. Pour réaliser cette œuvre, l’artiste installe son chevalet au niveau de la voie ferrée, en contrebas du viaduc. La diagonale de l’ouvrage structure la composition du tableau. Plus loin des quais, il peint également La Tranchée des Batignolles, où il saisit le croisement des trains à vapeur.

Émile Zola, qui était fasciné par la peinture, s’inspirera de ces toiles pour écrire son roman La Bête humaine.

Rendez-vous dans la galerie marchande de la gare Saint-Lazare pour découvrir, sur un seul et même lieu, des reproductions de ces douze œuvres. Klépierre, la société immobilière qui gère le centre commercial de la gare, a installé une structure pour les présenter aux badauds. Chacune est accompagnée d’un QR code permettant d’accéder à des informations sur l’œuvre.

De nombreuses autres expositions sont programmées en cette fin d’année, preuve de l’importance de l’œuvre de Claude Monet. Jusqu’au 27 septembre, le Musée d’art moderne André-Malraux, au Havre, permet de découvrir le Monet de ses débuts normands : dessins, caricatures, natures mortes, marines et paysages… L’exposition présente de nombreuses œuvres de la jeunesse du maître.
Jusqu’au 1ᵉʳ novembre 2026, dans le cadre du Festival Normandie Impressionniste, Les Franciscaines proposent également une importante exposition explorant l’héritage du maître et de son célèbre jardin de Giverny : « Claude Monet, des jardins en héritage ». Le musée de Deauville réunit à cette occasion des artistes tels que Hiramatsu Reiji, Jean-Paul Riopelle, Bernard Plossu, Jean Gaumy ou encore Jorma Puranen. L’exposition met en lumière le travail d’artistes venus d’horizons très variés, mais qui revendiquent tous l’héritage de Monet et de son jardin.

Du 30 septembre 2026 au 25 janvier 2027, l’exposition « Monet, peindre le temps » se tiendra au Musée de l’Orangerie (Jardin des Tuileries, place de la Concorde, 75001 Paris). Elle explorera la relation que le maître entretenait avec cette notion, omniprésente dans son œuvre.

Samuel DELZIANI



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